Lancement du Fonds commun des mutuelles communautaires de santé au Burundi : une nouvelle étape pour renforcer la solidarité mutualiste

Ngozi, Butanyerera, 3 septembre 2026 – Fort d’une expérience de 27 années de développement progressif des mutuelles communautaires de santé au Burundi, le mouvement mutualiste franchit une nouvelle étape avec le lancement officiel du Fonds commun.

La cérémonie s’est tenue le 3 septembre 2026 à Ngozi, dans la province de Butanyerera, en présence de hauts cadres à la Présidence de la République du Burundi et à la Primature, des représentants des institutions de protection sociale, du Ministère de la Santé Publique, du Ministère du Travail, de la Fonction Publique et de la Sécurité Sociale, du Cabinet du Gouverneur de la province Butanyerera, des partenaires techniques et financiers, des fédérations et mutuelles membres de la CONAMUS, ainsi que des médias.

Organisé par la Confédération Nationale des Mutuelles communautaires de Santé au Burundi (CONAMUS), l’atelier de lancement avait pour thème : « Le Fonds commun des mutuelles communautaires de santé : un mécanisme innovant de solidarité financière au service de la Couverture Sanitaire Universelle au Burundi ».

Du rêve de quelques pionniers à un mouvement national : « des bénédictions »

Présent à l’atelier de lancement, Van Marc Huggel de la Mutualité Chrétienne de Belgique a apporté un témoignage particulièrement marquant sur le parcours des mutuelles communautaires de santé au Burundi.

Revenant sur les débuts de l’expérience mutualiste à Murayi en 1998, ce mutualiste ayant participé à la réalisation de l’étude de faisabilité pour la mise en place de la première mutuelle communautaire de santé au Burundi, sur demande de Monseigneur Joachin Ruhuna, alors Archevêque du Diocèse Catholique de Gitega, signale que la première mutuelle ne comptait que sept personnes. Il a rappelé qu’à cette époque, il leur semblait difficile d’imaginer qu’une telle initiative puisse réellement prendre racine et se développer à l’échelle nationale.

Vingt-sept ans plus tard, le mouvement mutualiste a connu une évolution considérable. Dans sa présentation, Béatrice Niyonzima, Directrice Nationale de la CONAMUS, a indiqué que les cinq fédérations membres de la CONAMUS regroupent aujourd’hui 130 mutuelles/sections réparties dans toutes les communes du pays, avec un réseau de plus de 710 formations sanitaires conventionnées.  Au-delà de ces chiffres, ces 27 années ont permis de construire une expérience solide dans la professionnalisation de la gestion des mutuelles, ainsi que dans l’harmonisation des approches et des procédures notamment les cotisations, les prestations offerts aux mutualistes, les outils de gestion, ect. Cette expérience s’accompagne d’une gestion davantage orientée vers la prise en charge des membres et d’un ancrage communautaire consolidé ; environ 80 % des cotisations sont consacrées au remboursement des soins dans le respect des normes prudentielles fixées par l’autorité de régulation, tandis que le taux de fidélisation des membres est évalué à 80 % en moyenne.Constatant aujourd’hui l’évolution du mouvement mutualiste, Van Marc Huggel a qualifié le chemin parcouru de « bénédictions », soulignant ainsi combien le développement actuel du mouvement dépasse les attentes qui pouvaient être formulées à ses débuts.

Son témoignage a rappelé que les résultats enregistrés aujourd’hui sont le fruit d’une longue construction collective, portée au fil des années par les communautés, les mutuelles, les fédérations, les partenaires et les différents acteurs qui ont accompagné le mouvement mutualiste.

Le Fonds Commun : une nouvelle étape de la solidarité mutualiste

Le lancement du Fonds commun constitue une nouvelle étape dans la dynamique d’inter-mutualité et de solidarité déjà opérationnelle. Dans le cadre de l’inter-mutualité, un bénéficiaire d’une mutuelle affiliée à une fédération membre de la CONAMUS pouvait accéder aux prestations de soins auprès des formations sanitaires partenaires d’une autre fédération ou mutuelle, y compris lorsque celui-ci se trouvent en dehors de leur zone habituelle de couverture. La Formation Sanitaire envoyait la facture à la mutuelle conventionnée et celle-ci se tournait vers la mutuelle de l’affilié pour le remboursement ; un circuit jusque-là géré suivant une convention entre les Fédérations membres de la CONAMUS.

Avec la mise en place du Fonds commun, la CONAMUS assure désormais la gestion et la coordination du circuit de l’inter-mutualité, conformément au dispositif adopté. Le fonds commun vient alors pour renforcer la solidarité financière entre les fédérations et les mutuelles, sécuriser les remboursements liés à l’inter-mutualité et mieux organiser la mutualisation des ressources et des risques.

Le dispositif vient également renforcer le suivi de la qualité des soins de santé offerts aux mutualistes dans le cadre de l’inter mutualité et au-delà à travers le service de Médecin Conseil de la CONAMUS, chargé du suivi du respect des clauses des conventions établies avec les formations sanitaires.

Cette nouvelle étape doit ainsi contribuer à renforcer la crédibilité, la pérennité et la capacité collective des mutuelles à répondre aux besoins de leurs membres.

Un engagement renouvelé des pouvoirs publics en faveur du mouvement mutualiste

Le lancement du Fonds Commun intervient dans un contexte où la protection sociale occupe une place importante dans les priorités nationales du Burundi et où le pays poursuit ses efforts en faveur de la Couverture Sanitaire Universelle.

Dans son discours, le Directeur Technique qui a représenté le Secrétaire Exécutif Permanent de la Commission Nationale de Protection Sociale (SEP/CNPS) a rappelé que les mutuelles communautaires de santé fédérées au sein de la CONAMUS sont agréées par le Gouvernement et exercent leurs activités dans un cadre faisant l’objet d’un suivi et d’une régulation par les services compétents.

À cette occasion, le Gouvernement, à travers le SEP/CNPS a réaffirmé l’importance accordée au développement des mécanismes de protection sociale, contributifs et non contributifs. Le SEP/CNPS a également renouvelé son engagement à créer des conditions favorables au développement, à la professionnalisation et à la pérennisation des mutuelles de santé, tout en réaffirmant sa disponibilité à poursuivre le dialogue avec la CONAMUS et les autres acteurs du mouvement mutualiste.

Des recommandations pour renforcer la contribution des mutuelles à la CSU

À l’issue des échanges, plusieurs recommandations ont été formulées, entre autres, la reconnaissance pleine du rôle des mutuelles communautaires de santé dans la Couverture Sanitaire Universelle (CSU), le développement d’un partenariat structuré entre l’État et les mutuelles, à travers la délégation aux mutuelles de la gestion de l’assurance maladie du secteur informel et rural, le renforcement du cadre juridique et réglementaire, ainsi que la régulation des prix des actes et des médicaments.

Les participants ont également recommandé d’assurer la gestion du Fonds commun dans le respect des principes essentiels de transparence, de bonne gouvernance, de responsabilité et de traçabilité, afin de préserver la confiance des fédérations, des mutuelles et de l’ensemble des parties prenantes, et de garantir la crédibilité et la pérennité de ce mécanisme de solidarité financière.

Un engagement collectif renouvelé au service de la CSU

En créant un Fonds commun, les acteurs mutualistes entendent mieux valoriser leur expérience collective et contribuer davantage à la protection sociale et à la réalisation de la Couverture Sanitaire Universelle au Burundi.

Le lancement du Fonds commun traduit la volonté des fédérations membres de la CONAMUS de consolider les mécanismes de solidarité financière, de mieux mutualiser les ressources et de renforcer leur capacité collective à améliorer l’accès aux soins et la protection financière des populations.

Après 27 années de construction, le mouvement mutualiste franchit ainsi une nouvelle étape : De la solidarité communautaire à l’inter-mutualité, et de l’inter-mutualité à une mutualisation financière davantage structurée à travers le Fonds commun.

Cette évolution ouvre de nouvelles perspectives pour des mutuelles plus fortes, une solidarité mieux organisée et une contribution accrue à la protection sociale et à la Couverture Sanitaire Universelle au Burundi.

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